Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 11:23


La Serbie a adopté en juin dernier une loi qui interdit strictement la production et la commercialisation de produits génétiquement modifiés. Les USA et l’Union européenne font désormais pression sur Belgrade pour assouplir cette loi, en expliquant qu’elle pourrait représenter un obstacle pour l’adhésion de la Serbie à l’OMC...

 

Le ministère de l’Agriculture, des Eaux et Forêts s’est engagé à adopter dans les plus brefs délais une nouvelle loi sur les OGM, après l’intervention des représentants officiels des Etats-Unis, des pays de l’Union européenne et de plusieurs membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est ce qu’indique un document publié sur le site du ministère américain de l’Agriculture.

Les autorités américaines ont exprimé leur mécontentement et leur inquiétude en raison de la nouvelle loi serbe qui a été adoptée en juin dernier, et qui stipule l’interdiction absolue de produire et de vendre les OGM à des fins commerciales. Les autorités serbes sont maintenant conscientes que cette loi pourrait représenter un sérieux obstacle pour l’adhésion de notre pays à l’OMC. C’est pourquoi Belgrade a promis que la loi récemment adoptée serait modifiée, probablement lors de la séance d’automne du Parlement de Serbie.

Par ailleurs, selon les règlements des pays de l’Union européenne, les produits génétiquement modifiés doivent être clairement indiqués, ce qui n’est pas le cas en Amérique car leur commerce est autorisé sans restrictions. En Serbie la production et la vente des plantes et des semences OGM à des fins commerciales est interdite mais, d’après la nouvelle loi, elles peuvent être utilisées pour des expérimentations avec des autorisations spéciales.

Le ministère de l’Agriculture, des Eaux et Forêts n’a ni confirmé ni démenti les informations obtenues par notre journal, expliquant qu’il s’agit « de relations bilatérales entre les deux pays ».

« La loi est parfaitement claire : elle interdit l’utilisation des OGM à des fins commerciales et, pour l’instant, il en sera ainsi », a expressément déclaré le vice-ministre pour la Politique agraire, Miloš Milovanović. Il ajoute qu’une nouvelle loi sur les OGM n’est pas en cours d’élaboration, mais souligne que « toute loi est une matière vive qui se modifie et s’adapte constamment ». Miloš Milovanović dit aussi que, souvent, l’essentiel des lois, surtout pour l’agriculture, fait l’objet de décrets additionnels qui, dans le cas de la loi sur les OGM, doivent encore être adoptés. Le sigle d’OGM désigne des organismes dont la composition génétique a été modifiée, et qui n’auraient jamais pu être créés par une reproduction classique de la nature.

L’ingénierie génétique est l’un des rares domaines de la science qui provoque de nombreuses controverses - depuis les les controverses morales jusqu’aux scientifiques qui affirment que le champ des gènes est le moins étudié en médecine et qu’on ne peut donc pas affirmer avec certitude que les OGM testés ayant montré des résultats satisfaisants ne feront pas l’objet de nouvelles mutations à l’avenir, qui pourraient entraîner des conséquences imprévues. Il est déjà arrivé que les résultats d’expérience soient complètement différents de ceux espérés. De même, le doute persiste sur la toxicité de certains aliments génétiquement modifiés pour certaines personnes.

D’un autre côté, les adeptes des OGM affirment que leur commercialisation pourrait régler le problème de la famine dans le monde. En hybridant les gènes on obtiendrait des cultures plus résistantes aux maladies, aux insectes et aux mauvaises herbes, qui seraient plus tolérantes aux conditions météorologiques et à la variété des sols, tandis que les rendements seraient plus élevés et de meilleure qualité.

« Dans nos laboratoires, outre de nombreuses espèces de plantes, nous travaillons le plus souvent sur le tabac transgénique qui est un bon modèle car il se régénère facilement. D’un petit bout de la plante, de la feuille ou de la tige, en la cultivant sur des couches spécifiques contenant des hormones végétales, vous obtenez une toute autre plante. Ce processus est appelé micropropagation : à partir d’un petit morceau vous obtenez un grand nombre d’unités identiques. C’est pratiquement le clonage des végétaux, ce qui n’est guère spectaculaire par rapport au clonage des tissus animaux. Aux Pays-Bas ou en Italie, par exemple, il y a des laboratoires commerciaux qui produisent des fleurs de cette façon. C’est un procédé plus rentable car il est beaucoup plus rapide que la reproduction naturelle, de sorte que la production est plus importante », explique Jovanka Miloš-Đukić, de l’Institut pour la génétique moléculaire et l’ingénierie génétique, et qui est aussi membre du Conseil national pour la sécurité biologique.

Elle ajoute qu’il y a eu des tentatives en Serbie pour introduire la micropropagation sur le marché, c’est-à-dire pour produire de cette manière les plantes des jardins botaniques, mais cela n’a pas fonctionné, faute de liens entre les productions et de liens avec les scientifiques.

« Il est plus facile pour les entreprises privées d’importer de grandes quantités de plantes de Hollande, plutôt que d’investir des fonds pour développer une technologie pour leur production », estime Jovanka Miloš-Đukić. Elle ajoute que rien ne justifie la peur d’une dangerosité des OGM, et que toute entreprise qui désire introduire un nouveau produit OGM doit auparavant effectuer des recherches détaillées en laboratoire et sur le terrain.

« On analyse l’influence de l’environnement sur les plantes et les animaux, de même que la composition bactérienne des sols. Lorsqu’une demande est faite auprès de l’organisme compétent, c’est-à-dire le Conseil national pour la sécurité biologique, la procédure peut durer une année. Les scientifiques ne voient pas les effets nuisibles des OMG mais seulement les avantages. La politique, les intérêts économiques et la crainte de ceux qui ne connaissant pas suffisamment ce domaine s’opposent à l’utilisation des OGM. Aujourd’hui le coton doit être modifié pour résister aux effets nocifs, sinon il va disparaître. Pour de nombreuses plantes, la modification génétique représente la seule possibilité de survie, car elles ont perdu la résistance naturelle qu’elles avaient auparavant » constate Jovanka Miloš-Đukić.

La tomate est apparue sur le marché comme le premier fruit génétiquement modifié, dès 1994. Depuis cette date, on ne cesse de produire des plantes génétiquement modifiées, surtout en Amérique, en Australie, au Brésil, en Argentine, en Chine et au Japon. Les produits les plus cultivés sont le soja, le maïs, le colza et le coton.

 

Par Katarina Živanović

Par Comité Breton de Soutien aux Faucheurs Volontaire - Voir les commentaires - Communauté : Non aux OGM !
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